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Bien venue en Utopia

MessagePublié: 31 Mai 2016, 12:32
par chelmon01
Bienvenue en Utopia

Le continent Utopia comptait pas moins de 700 millions de citoyens. Tout était loin d’être rose mais bon an mal an, le bien être progressait d’année en année. Malgré tout, Utopia était rongée par un mal qui faisait fît du progrès : la Kalachnikov ou Kalach. Les utilisateurs de Kalach était appelé les klacheurs.

On estime que 20 à 30% des habitants d’Utopia étaient des klacheurs régulier. La vente de Kalach était régulée et les balles disponibles dans des commerces spécialisés ou non, en boîtes de 20 ou 25 ce qui correspondait à l’utilisation quotidienne moyenne d’un klacheur.
Tous les ans, on estimait que 700.000 klacheurs mourraient de causes directement liée aux Kalachnikovs. En outre plus de 30% des incendies étaient provoqué par l’explosion des balles.

Néanmoins, le commerce de kalach restait prospère. Les meilleurs professionnels du marketing travaillaient pour les fabricants de kalach. Les diverses marques s’étaient forgées leur identité, leur code couleur. On le sait depuis peu, mais les fabricants de kalach avaient introduit divers composés chimiques afin de rendre les klasheurs plus accros et fidèles à une marque de kalach. Malgré tous les constats assez évidents, ce n’est que ces dernières années qu’on admit que la kalach était responsable de décès. Et pour chaque étude prouvant que la kalach tuait, les fabricants fournissaient une autre étude prouvant le contraire. Les assureurs, de leur côté, s’appuyant sur leurs propres statistiques avaient depuis longtemps estimé qu’un klacheur vivait beaucoup moins vieux et en avait tenu compte dans les prime d’assurance vie.

Les divers états d’Utopia n’étaient pas restés insensibles à ce massacre quotidien. Et depuis des années, ils avaient instauré des taxes visant à limiter l’usage de la kalach. Il est vrai qu’on aurait pu mettre une taxe de 100% du jour au lendemain ce qui aurait probablement provoqué l’arrêt de beaucoup de klacheurs mais tous ont augmenté les taxes de manière très graduelle. Quelques pourcents par an. Les klacheurs allaient certainement arrêter. Dans beaucoup de ménages modestes, le budget kalach était devenu supérieur à celui de la nourriture.
Bien entendu, ce n’en est pas resté là. Bien des personnes se sont battu contre la kalach. Des campagnes d’affichage, l’obligation de mettre des messages « la kalach tue » sur tous les paquets de balles ainsi que des photos de corps déchiqueté. Parallèlement, une nouvelle industrie est née, les substituts. Vendus en pharmacie, diverses boites de pétards que vous faites éclater quand vous avez envie d’utiliser votre kalachnikov. C’était les kalachettes. Bien des personnes ont essayé de se déshabituer de kalach avec des kalachettes avec plus ou moins de succès. D’autre se sont tourné vers les médicaments et une nouvelle gamme d’antidépresseur favorisant l’arrêt de la kalach était née : les kalachdocs. En outre le ministère de la santé avait engagé des milliers de personnes afin de promouvoir la lutte anti-kalach et parcourir les écoles avec des affiches « la kalach tue » mais rien n’y faisait.
Mais d’un autre côté, la kalach avait du bon. Pour l’état, c’était quand même une source considérable de revenu puisqu’il s’attribuait 80% du chiffre d’affaires. D’autre part, si les accidents de kalach coûtaient des milliards en soins médicaux, ce n’étaient qu’une paille comparé à ce qu’il aurait fallu débourser en retraites si toutes ces personnes avaient vécu 10 à 15 ans de plus. En plus, la kalach créait de l’emploi, chez les fabricants, les revendeurs, les firmes de kalachettes et de kalachdoc, tous les employés de l’état qui lutte contre la kalach sans compter les charlatans de tous poils prétendant d’arrêter la kalach en portant le talisman d’Horus ou en vous enfonçant des cures dents dans les orteils.

Et puis vint le paint-gun. Un petit inventeur chinois (dont le nom n’est connu que par les initiés) bricola dans son garage un fusil à air comprimé tirant des balles de peinture à l’eau de couleur rouge et un petit bang causé par l’explosion d’une petite cartouche de poudre produisant le bruit et l’odeur si addictive . Rien de révolutionnaire en soi puisque tous les éléments existaient déjà depuis des années, le génie était juste de les assembler pour faire le paint gun. L’invention de provoqua pas l’enthousiasme immédiat mais quelques excentriques l’adoptèrent. On les appela les peinturlureurs mais eux préféraient qu’on les appelle des painteurs. D’abord phénomène de mode, la communauté des painteurs grandit d’année en année sans faire de bruit. Uniquement par le bouche à oreille. Beaucoup de klacheurs qui avait essayé d’arrêter à grand renfort de kalachette et de kalachdoc se sont mis au paint gun du jour au lendemain. D’année en année, la communauté des painteur grandit silencieusement, sans marketing. Très vite, le paint-gun initial fut dépassé. Même si l’odeur de poudre d’origine avait beaucoup d’adeptes, elle fut vite remplacée par les flagrances les plus improbables de la rose à la banane, du biscuit à la pêche melba. Le rouge de départ est vite passé de mode et les couleurs de l’arc-en-ciel commencèrent à fleurir. Quant au design d’origine qui était fait pour ressembler à la kalach, il fut bien vite abandonné pour des formes plus pratiques à utiliser voire plus esthétiques.
Assez vite, les fabricants de kalach sentirent le vent venir. Ils se réunirent avec les fabricants de kalachettes et de kalachdocs (certaines mauvaises langues diront que les fabricants de pansements étaient de la partie). La campagne allait être difficile. Après tout, le paint gun, ce n’est que de la peinture à l’eau, un arôme de pâtisserie et l’air comprimé. En premier, ils ont payé une étude scientifique pour prouver que le paint gun était très dangereux. Après divers essais, les scientifiques introduisirent le canon d’un paint gun dans la bouche d’un lapin, tirèrent 200 balles de peintures et le lapin succomba. On avait prouvé que le paintgun était dangereux. Ensuite, on paya quelques journalistes pour faire cas de l’étude (surtout sans les détails de l’expérience). La nouvelle fit boule de neige : « le paint gun » est dangereux, des études scientifiques ont prouvé que l’utilisation du paint gun sur des lapins provoque leur mort. Les médias, en quête de sensation rependirent la nouvelle. C’est bien normal, les articles sur la dangerosité de la kalach ne faisaient plus recette depuis longtemps. Enfin du neuf. Mais le plan d’attaque n’en resta pas là. Les fabricants de kalach ne pouvaient pas attaquer directement la poudre qui provoquait le bang dans les paintgun car les kalach utilisaient bien entendu de la poudre. Et donc les études scientifiques se succédèrent. On fit bruler un paintgun dans un four à 300° et la surprise, plein d’éléments cancérigènes. La presse se déchaina : « le paint gun, dix fois plus dangereux que la kalach ». Et puis, les études se succédèrent sur les colorants de la peinture et sur les arômes utilisés prouvant leur nocivité. Personne et surtout pas les média ne mis en doute le fait que c’était dangereux dans les paintgun mais pas dans la crème vanille. Dernier argument, on fit courir la rumeur que les enfants jouaient d’abord avec les paintgun et puis se mettait à la kalach. Pendant ce temps, des centaines de médecins affirmèrent qu’ils n’avaient jamais vu ou entendu parler de personne blessée ou morte du paintgun mais c’est resté lettre morte. La campagne médiatique dépassa toute les espérances. Dorénavant, on ne pouvait plus se balader en rue avec un paintgun sans se faire agresser par des « tu te tues et tu tues les autres avec ton paintgun ». Cerise sur le gâteau, on trouva quelqu’un qui s’était blessé avec un paintgun. La pile avait explosé, le blessant à la main. On ne saura jamais si c’était un bricoleur inconscient ou un défaut. Le lendemain, la photo du pauvre homme était dans tous les journaux, sur son lit d’hopital, la main bandée.

Partout dans le monde, les états commencèrent à légiférer. Certains interdirent carrément le paintgun comme en Nouvelle Hollande. D’autres, profondément religieux déclarèrent que c’était interdit par le grand apôtre, son nom soit loué. L’union des états Anglicaires, décidèrent eux que les boules de peintures devaient être soumises aux mêmes études que pour les médicaments c’est-à-dire une étude de plusieurs années coûtant plusieurs millions. En Utopia, on se devait de réagir. La grande secrétaire à la santé fit venir les fabricants de Kalach et leur demanda quoi faire. Elle se devait de sortir une loi anti-kalach mais n’y connaissait rien. De plus, les enjeux économiques sont immenses, si on vend moins de kalach, il y aura du chômage, des retraites à payer et en plus cela va vider les caisses de l’état. Les fabricants s’entretinrent avec elle et leur proposa la chose suivante : nous vous proposons un geste fort. Dorénavant, toutes les kalach devront être vertes. Un idiot avait eu cette idée aux antipodes, on s’est battu comme des fous pour essayer de l’arrêter et à l’arrivée, on a vendu autant de kalach. Tout au plus, nous ne nous battrons plus entre nous pour gagner un dixième de part de marché et cela sera autant de budget marketing en moins. On vous fait le rapport tout fait, ainsi vous pouvez prendre vos vacances tranquillement. De plus, on mettra dans le rapport des recommandations pour limiter l’usage du paintgun, parce que le paintgun c’est encore pire que les kalach, vous l’avez lu dans les journaux. Donc les paintgun devront ressembler à des kalachs, tirer des balles rouges qui ne vont pas plus loin que 3 mètres et sentir la poudre à canon. La grande secrétaire à la santé objecta que plus aucun paintgun n’était construit comme cela depuis longtemps mais les fabricants de kalach la rassurèrent. Ils avaient tous prévus, ils avaient tous des lignes fabrication prêtes à répondre à la demande dès que la loi serait votée.
Depuis l’utilisation du paintgun est tombée en désuétude. Seul, quelques irréductibles l’utilisent encore soit en utilisant leur stocks personnels soit en faisant revenir les paint gun du Cathay au risque de finir en prison. Comme d’autres, moi aussi, je m’enferme dans la cave pour jouer avec mon paintgun et mes précieuses réserves dans la peur qu’un voisin me dénonce.

Un Utopien

Re: Bien venue en Utopia

MessagePublié: 31 Mai 2016, 13:10
par *Diabolo et Satanas
Excellemment bien écrit chelmon01 !
:god
Tu me rappelles un certain SGT DROOPY sur le grand fofo

Vive le paintgun libre ;)

Re: Bien venue en Utopia

MessagePublié: 31 Mai 2016, 13:30
par *pepepatou
Original mais ... p'tain, c'est long, on dirait du Proust :siffle

Michel Field, sors de ce corps :mur :jenpeuplus

... et vive le paint-VAPE :happy

Re: Bien venue en Utopia

MessagePublié: 31 Mai 2016, 14:34
par chelmon01
Merci les gars. Je me suis bien amusé.

Re: Bien venue en Utopia

MessagePublié: 31 Mai 2016, 15:13
par *Chuck Maurice
Très bon :plus

Re: Bien venue en Utopia

MessagePublié: 31 Mai 2016, 15:42
par *Laura
*Diabolo et Satanas a écrit:Excellemment bien écrit chelmon01 !
:god
Tu me rappelles un certain SGT DROOPY sur le grand fofo

Vive le paintgun libre ;)


Carrément :happy :happy

Re: Bien venue en Utopia

MessagePublié: 31 Mai 2016, 19:46
par *FRIGO12
Irréductible, paint-gun:-))

Re: Bien venue en Utopia

MessagePublié: 31 Mai 2016, 20:03
par *tdpbreaker
Bienvenue !

Re: Bien venue en Utopia

MessagePublié: 31 Mai 2016, 22:11
par *mgrb
Merci pour cet excellent texte. J'ai bien ri après sa lecture. :plusplus

Re: Bien venue en Utopia

MessagePublié: 01 Juin 2016, 12:21
par *FogBank
Vraiment excellent, mais avec ça je suis en retard au boulot :? .